Le bulletin de PPA

Vivre avec des animaux




Je proposerai ici, régulièrement, des réflexions et des informations relatives au fonctionnement de l'animal et à sa relation avec l'humain.











Extrait de mon mémoire « REGARD DU COMPORTEMENTALSITE SUR L'ABANDON ET L'ADOPTION »

Pourquoi un chien

Quelques « bonnes raisons » de désirer un chien, qui peuvent mener à l’abandon

Le plus important pour comprendre ce qui motive l'abandon d'un animal est de cerner les attentes du départ, liées au fait d'avoir un chien. Qu'est-ce que la personne attendait de cette relation, pourquoi voulait-elle ce chien ? Le regard que l'homme porte sur son animal dépend de ce qu'il est lui-même et de son équilibre intérieur.

Le chien représente une extension de ce que la personne est ou voudrait être. Ainsi, n'oublions pas que le chien est chargé de symbolisme : il n'y a pas une mythologie - qui réglait jadis les gestes du quotidien - qui ne l'ait associé au monde du dessus, du dessous, à la mort, aux enfers. Héros d'essence semi-divine, collaborateur à la chasse, gardien courageux et invincible, ami fidèle : il n'a jamais cessé de nourrir les projections de l'homme. Il existe une croyance en la transformation de l'homme en animal ou de l'animal en homme. Certains rites anciens ou l'homme travaille à se changer en animal pour en acquérir la force illustrent bien ceci. Et c'est ce que l'on observe parfois dans les jeux d'enfants imitant leur animal favori. On peut évoquer aussi les contes de fées, les créatures mi-homme-mi animaux : les fameux Centaures de la mythologie grecque par exemple.

L'homme d'aujourd'hui n'a peut-être pas tant changé : l'inconscient collectif reste à l'origine de ses actions, de ses pensées, de ses « hasards ». Chaque propriétaire de chien réagit en fonction de sa spécificité à l'information symbolique véhiculée. Mais il n'en reste pas moins que l'animal, en tant que symbole peut répondre à des besoins individuels. Il est à la base de nombreux mécanismes d'identification et de fantasmes parfaitement inconscients au travers desquels l'homme construit ou renforce son identité. Donc un chien, c'est d'abord l'idée que l'on s'en fait : l'être humain entre en relation avec l'idée qu'il se fait de l'animal. Sa façon d'être avec son chien dit comment il se le représente.

Avoir une présence, une amitié, un réconfort affectif

Une jeune femme, célibataire d’une trentaine d’années, ressent fortement les aiguilles de son horloge biologique et décide d’acquérir un petit Bichon qui lui apportera une tendre compagnie. Il devient vite « son petit bonhomme », assurant le double rôle de mari et de bébé. Pendant deux ans, cette idylle ne cesse de croître jusqu’au jour où cette femme rencontre le prince charmant. Celui-ci trouve ridicule cette « petite boule de poil » : il ne peut supporter cette rivalité et la prie instamment de s’en débarrasser. La femme cède et l’animal est abandonné. Elle exige de la part des refuges contactés que la future famille de son chien, donne beaucoup d’affection et une présence permanente, et qu’elle ne possède pas d’autres animaux …tout ce qu’elle ne peut plus donner elle-mê

Mon constat

Le désir de chien répond ici à des frustrations plus ou moins conscientes comme : combler la solitude, remplacer un être humain, satisfaire le besoin de caresses. On est là en présence de l’animal-objet qui se substitue soit à quelqu’un qui manque, soit qui n’existe pas mais est rêvé, espéré. Il représente une consolation, il apaise le besoin d’amour et donne la sécurité. Cet exemple montre qu’un chien peut combler un besoin réel dans le présent. Mais ce besoin, comment va-t-il évoluer dans le temps ? Car le rôle attribué à l’animal n’est pas statique et évolue en fonction des conditions de vie. En effet, nos besoins sont comme la vie : changeants, fluctuants, selon les circonstances.C’est ici qu’on peut introduire la nuance entre le désir d’avoir un chien et le besoin d’être affectivement comblé : le besoin met l’accent sur la sensation et sur la nécessité. On peut reporter la réalisation d'un désir, pas celle d'un besoin, en tout cas pas sans dommage. On ressent un besoin, alors qu'on exprime un désir, qu'on le formule, qu'on le conceptualise (même inconsciemment).

Le besoin fait appel à la sensation ou à l'intuition, alors que le désir fait appel au sentiment ou à la pensée (fonctions jungiennes). Le désir est une structure dynamique rationnelle, le besoin, une structure irrationnelle. Cette dimension qui ne fait pas appel à la raison, rend la conscience des besoins problématique. On a tendance, lorsque l'on réagit de manière automatique, à prendre conscience de la réponse qu'on donne à un besoin plutôt que du besoin lui-même. Ainsi, dans notre exemple, le besoin de sécurité affective se fait entendre au-dedans : c'est « quelque chose de cette jeune femme » qui « frappe » à l'intérieur d’elle pour aller vers l'extérieur. Elle se sent insécurisée, affectivement seule au fond d’elle : elle va chercher quelque chose (à l'extérieur d‘elle) : un chien. Il lui fallait comprendre que cet animal apporterait beaucoup à sa vie, mais qu’elle ne pourrait pas « faire sa vie » avec lui.

Protéger

Désirer un chien peut être aussi le besoin de satisfaire le désir de protection : on a sentiment d’être utile parce qu’il faut le nourrir, le sortir, tous ces actes donnent un sens à la vie quotidienne, notamment pour les personnes inactives ou traversant des situations difficiles. Un chiot par exemple, peut réveiller un réflexe inné de protection, parce qu’il rappelle le nouveau-né. Chez l'homme, il existe une tendance innée à prendre dans les bras, les animaux pourvus de ce que l'on appelle des caractéristiques de nouveau-né (présentes chez le jeune animal) ainsi que chez le bébé humain. L'animal aux traits infantiles serait ainsi un leurre de bébé humain. Mais ce chien grandira….

L’animal cadeau

Noël est une période difficile pour les chiens. Certaines personnes, lasses d’offrir des chocolats, cherchent à être originales en offrant un chiot à un ami célibataire, un peu seul durant les fêtes de fin d’année. Au début, le monsieur est ravi et en vacances : tout se passe bien, ils ne se quittent pas. Le cadeau est sage et s’attache. Puis la fête se termine pour tout le monde : le maître retourne au travail et le chien se retrouve seul. Il s’amuse avec les chaussures et laisse quelques déjections de-ci de-là. Le maître, encore ému de leur semaine de vacances, culpabilise et n’intervient pas. Il redouble même de caresses avant de partir chaque matin. D’ailleurs, le week-end arrive : la situation redevient ludique. Mais la deuxième semaine, le chien s’attaque au canapé et crescendo, détruit bon nombre de choses dans la maison. Désemparé, le maître pense d’abord que le l’animal « lui en veut ». Mais le temps qui passe n’arrange rien, au contraire. Alors un jour, il décide qu’un chien ne convient pas à son rythme de vie (il ne peut tout de même pas être toujours en vacances). Il se décide donc à l’abandonner et vient nous raconter tout ceci au refuge. !
Ces conditions d'achat ne favorisent ni la réflexion, ni la prise en compte des obligations liées à la possession d'un animal. Elles favorisent l'abandon.

Mon constat

De tout évidence, le chien a développé une intolérance à la séparation. Son maître a instauré au départ des liens trop intenses, sans l’habituer progressivement à la solitude. Ce cas montre qu’il est plus facile de mettre les difficultés rencontrées sur le fait d’un choix inadapté, que de se remettre en question. Cette personne aurait pu envisager de modifier son comportement vis à vis du chien, c’est ce que nous lui avons proposé au refuge. Sa réponse fût : « Mais je n’ai rien demandé, moi … ». En l’occurrence, il est exact qu’il n’a pas eu son mot à dire dans cette prise de responsabilité. Sa relation avec l’animal s’est engagée sur la décision d’un tiers, il n’a pas choisi. Cette histoire montre qu’il est indispensable que « le courant passe » entre maître et animal, qu’ils se choisissent mutuellement. Il est évident que l’animal a été ici pensé et voulu comme n’importe quel objet de consommation. Cela peut partir d’un bon sentiment, mais, en tant qu'être vivant, l'animal a des droits et des besoins de base. Il impose donc une autre façon de gérer le quotidien à la personne qui reçoit ce cadeau. Il y a une obligation d'organisation, de financement et de gestion quotidienne dont est co-responsable la personne qui décide d'offrir le cadeau. Le chien-cadeau pose le problème de la motivation d’achat : le maître ne s’est pas engagé personnellement. Un chien virtuel sur PlayStation aurait été plus profitable !

Protéger les enfants, leur donner un compagnon de jeux

Les parents de Florian, 10ans, lui ont acheté Plouf, un Yorkshire. Florian en mourait d’envie, car une de ses tantes en possède un qui est adorable. Florian a promis de s’en occuper : il va jouer avec lui, le brosser, prendre son tour de sortie au moins une fois par jour, donner à manger etc. Au début, c’est la fête et l’enfant s’occupe assidûment du chiot. Donc les parents se fient à lui pour faire l’éducation du nouvel arrivant. Au bout de quelques mois, Plouf n’est toujours pas propre, il n’obéit pas, il ronge un peu les meubles, mordille les bras de Florian. Celui-ci de toute manière, n’a plus très envie de jouer parce qu’il vient de se faire un nouveau copain et passe beaucoup de temps chez lui. La suite se devine aisément….

Mon constat

Le chien peut être un formidable complice pour un enfant. Mais cette relation idyllique peut être ternie par les contraintes que l’animal impose. Et puis ce n’est pas une nourrice, il ne peut pas remplacer les parents, ni résoudre tous les problèmes de l’enfant, ni le protéger tout le temps. Comme dans l’exemple cité, il arrive souvent qu’un enfant lui-même supplie pour avoir son chien, il promet de s’en occuper régulièrement. Mais il ne peut pas mesurer toutes les obligations liées à l’animal. Il s’agit donc d’une organisation familiale, et c’est aux parents que revient la responsabilité finale, et ils devraient en avoir conscience dés le début, pour que l’engouement éphémère de l’enfant, ne se transforme pas en scénario catastrophe pour le chien.



En conclusion

Tous ces exemples montrent que la relation homme / chien est bien trop souvent irrationnelle. Ils attestent que lorsque le chien est voulu en tant qu’objet et non pour lui-même …et s’il ne répond pas ou plus aux attentes, il est délaissé, ou abandonné. Il arrive aussi que le chien garde sa place, la situation ne se modifiant pas. Il continue alors de se substituer au vide dans la vie de son maître, l’attachement réciproque est croissant et nourrit la fusion. Mais nous savons qu’un manque de distanciation chien / maître génère une dépendance affective à l'origine des pathologies de l'hyperattachement. Or, ces pathologies anxieuses, sont une des causes majeures de l’abandon, car un chien hyperattaché peut devenir irritable, dépressif, névrotique, phobique. Ces exemples montrent aussi que la maltraitance n’est pas forcément celle que l’on croit. La plus fréquente est l'inadéquation du chien à son milieu de vie et l’irrespect de ses besoins comportementaux de base.

Kiki

Mémoire
Regard du comportementaliste sur l'abandon et l'adoption
La relation homme/chien au sein des structures d'accueil
par Dominique Pineau


Ce mémoire est disponible dans sa totalité au prix de 10 euros au bénéfice de l’association PPA.
Les commandes s'effectuent via le formulaire de contact.

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